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  • Une artiste aux multiples facettes

    Stanislava Boudová est une artiste multidisciplinaire tchèque, basée à České Budějovice (République tchèque). Son univers créatif est vaste et singulier : peinture, illustration, scénographie, costumes, théâtre, et ateliers pédagogiques. Elle a fondé l'Atelier StanislavaArts.eu où elle partage sa créativité avec le public. Son esthétique est profondément ancrée dans le Steampunk et l'upcycling — l'art de transformer des matériaux voués à être jetés en œuvres d'une beauté métallique et organique. Elle travaille en mixed media, assemblant des objets recyclés pour créer des reliefs riches et texturés. Stanislava est une artiste tchèque avec un univers éclectique : de la peinture, du théâtre et des ateliers, tous les moyens sont bons pour partager et s'exprimer. Lors de notre échange, elle m'a baladé au milieu de son univers. Qu'est-ce qui t'inspire le plus quand tu crées ? Mon inspiration vient de l'intérieur de moi. J'ai besoin d'exprimer des choses et ça sort soit par les mots, soit par l'art. C'est pour ça que j'utilise plusieurs disciplines, il faut que ça sorte. Cette œuvre-là, "The veins", elle raconte quoi? Les veines, c'est l'évolution de la vie. Les trois tableaux représentent cette évolution : des chemins sinueux, avec des tournants. Parce que la vie, ce n'est jamais un long fleuve tranquille. Ce n'est jamais droit, mais plutôt avec pleins de divisions et de chemins différents. Les veines sont connectées entre elles, malgré tout ; malgré les détours, malgré les obstacles. Une fois, quelqu'un a regardé cette toile et m'a dit que ça ressemblait à l'Australie vue depuis un avion. J'ai trouvé ça fascinant : je l'avais fait sans le savoir. Qu'est-ce que tu veux que les gens ressentent en regardant ton travail ? L'optimisme. Et la créativité. Ce sont des choses qui comptent à mes yeux. Mes œuvres sont faites à partir de matériaux recyclés, des choses qui allaient devenir des déchets et ça donne quelque chose qui ressemble à du métal, à du Steampunk. De quelque chose d'inutile et en fin de vie, naît quelque chose de beau. C'est comme ça que mon art s'exprime. C'est aussi ce que j'essaie de transmettre dans mes workshops : j'apprends aux gens à créer. Et ce que j'aime par-dessus tout, c'est d'y ajouter une touche quand leurs dessins ne sont pas terminés et que j'ai du temps. Au delà de son enthousiasme communicatif, ce que j'ai apprécié en discutant avec Stanislava c'est la passion avec laquelle elle décrit son art. Comme dans ses œuvres on ressent en elle une complexité de réflexion, le tout teinté de couleurs vives. Bien que nos langues natales soient différentes, j'ai su bien visualiser ses explications et nous avons voyagé ensembles à travers nos univers respectifs. Une rencontre bien enrichissante. N'hésitez pas à visiter son site !   StanislavaArts.eu

  • Damnatio Memoriae

    Effacer en réécrivant la réalité "Masta dinguerie", une expression qui change d'impact selon la couleur de la bouche qui l'exprime. Cette expression n'a pas explosé car elle était nouvelle. Elle existait déjà à travers un public bien défini. Et lorsqu'elle a changé de bouche, l'expression est devenue universelle, drôle et partageable. C'est là que la damnatio memoriae agit. Dans le milieu artistique, la gentrification et l'appropriation culturelle sont des effets bien implantés. Dans les films, la musique ou même la mode, tout est mis en place pour rendre la présence des créateurs invisible. Il suffit qu'un œil extérieur capte ces récits, les réécrive, pour qu'ils deviennent universels, tout en étant détachés de ceux qui les portaient. On le retrouve dans un scénario bien connu : celui d'un jeune héritier qui se voit exilé après la mort de son père. Son oncle, le traître, prend le trône, tandis que celui-ci apprend à survivre. Il reviendra affronter le régicide pour reprendre sa place. En plus d'être un exemple de gentrification culturelle. la mort de Mufasa a marqué plusieurs générations. Ce drame universel a été dénué de sens. rendu acceptable car il ne dérange plus. Mais où ce récit a-t-il été puisé? Là où l'appropriation est plus vicieuse, c'est qu'elle ne crédite pas les précurseurs. Leurs voix sont donc effacées et remplacées par du lisse, du plus acceptable. Illustrons cela avec le graffiti, né dans la rue et utilisé par des jeunes racisés pour exprimer un mécontentement politique et social. Puis Banksy est arrivé. Avec lui, le graffiti est devenu vendable, à la mode. Le style est resté, mais les quartiers, les colères et les messages ont disparu du cadre. Ce qui était à la base un cri, est devenu un ornement. Un geste simple et pourtant essentiel serait d'informer sur l'origine de nos inspirations et de nos retranscriptions. Il ne suffit parfois que d'une mention pour arrêter la damnation. Nommer c'est déjà résister.

  • Acide Sulfurique

    Au début des années 2000 un nouveau format de divertissement arrive en Europe et séduit la jeunesse. Dans Acide Sulfurique, Amélie Nothomb imagine la télé-réalité à l'extrême, dans un monde dystopique. Sexe, humiliation, violence : auprès du reste de l'audience, ça fait polémique, malgré la montée de l'audimat. Quoique l'émission soit troublante, la réaction du public l'est tout autant. Une émission dont les candidats sont choisis parmi le peuple, leur identité est redéfinie, tout en étant enfermés dans un bâtiment. Clash, pouvoir et missions sont les mots d'ordre de l'émission. À quoi cela vous fait penser ? Secret Story ou Concentration ? Dans le 14ème livre de l'auteure belge, la télé-réalité est poussée à son paroxysme : des candidats kidnappés au hasard parmi la population, leurs noms remplacés par des numéros et enfermés dans un camp de concentration. Des rôles leur sont attribués et des règles imposées. Les kapos imposent par la violence du travail et de la souffrance aux déportés. Diffusion en direct sur tous les écrans, le public est pendu à l'émission et réagit, commente, vote. Tout le monde regarde. Comme nous aujourd'hui, avec Secret Story, l'Île de la tentation, Frenchie Shore,... Nos influenceurs préférés en font des reviews, les gens republient, les tweets fusent lors d'une séquence à problème. Ces émissions mettent en scène des disputes, des trahisons, des pleurs. C'est la question qui ressort dans Acide Sulfurique : Pourtant ce phénomène peut se voir en dehors de nos petits écrans. Les vrais kapos, c’est vous ! Et quand vous nous regardez mourir, les meurtriers, ce sont vos yeux ! Vous êtes notre prison, vous êtes notre supplice! J'ai récemment voyagé en Thaïlande, un pays magnifique mais où on ne rencontre pas beaucoup de thaïlandais (un sujet pour un prochain article). Et je suis tombée, lors d'une soirée d'auberge bien arrosée, sur des locaux qui vendaient des bracelets avec des phrases hautes en couleurs. Bien que le peuple thaïlandais ait beaucoup de dérision, si ces phrases se retrouvent là, c'est surtout pour répondre à une demande. Des touristes achètent, trouvant ça choquant et drôle. À juste titre — ou pas — moi aussi, j’en ai ri sur le moment. Mais qui faut-il blâmer, le producteur ou le consommateur ? Photo prise par Pearl Beleyn. Représentant des bracelets avec des messages choquants inscrits dessus. Amélie Nothomb remet cela en question dans sa dystopie : - oui le programme leur a été proposé... mais ils ont continué de regarder, - oui les déportés étaient tués pendant les éliminations... mais le public votait, - oui ce sont les kapos qui fouettaient... mais c'est les téléspectateurs qui les glorifiaient. - oui c’est du harcèlement moral qu’ils subissent… mais vous n’avez pas vu le dernier clash entre Shana et Jessica, - oui des candidates tiennent des propos racistes entre elles… mais bon, ce sont les règles du jeu, - oui ils sont humiliés devant des caméras… mais nous avons ri et partagé le GIF sur nos réseaux. C'est une question compliquée. Il ne suffit pas de dire que les médias nous manipulent. Il faut aussi comprendre pourquoi nous restons rivés à l'écran. Spectateur ou complice ? L' effet de groupe par exemple, regarder la téléréalité, c'est un rendez-vous à la même heure, pour regarder la même émission que tout le monde et surtout pour en parler le lendemain. Des mèmes, des tweets, des discussions animées de rires et d'imitations. Même à l'autre bout de la terre, on se sent connecté, "in". Hate-watching N'oublions pas le hate-watching . Ce moment où tu continues de regarder, même si tu n'aimes pas du tout, où tu restes pendu à l'émission. Pourquoi ? Tout ce qui choque : disputes, humiliation, moqueries... Ce sont des émotions qui ont un effet sur ton cerveau, négatif mais qui te fascinent et te donnent envie de continuer. Même à l'autre bout du monde, sur un scooter à Kuala Lumpur, il me suffit d'une seconde pour être au courant des derniers clash et d'en rire. Souvent, ça nous permet de nous sentir supérieurs aussi, "on ne se comporterait pas de cette manière à leur place". Humilitainment Des chercheurs en psychologie et sociologie des médias, ont introduit le terme " humilitainment ". Cette fusion entre les mots "humiliation" et "entertainment" décrit le mécanisme qui nous pousse à continuer de regarder, même si le contenu choque ou questionne nos valeurs. Selon Psychological Science, une revue sur la psychologie, ce genre de contenus nous empêche de décrocher les yeux de nos écrans. Alors ? Spectateur ou complice ? La question reste ouverte. Spectateurs, éteignez vos écrans !

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