Damnatio Memoriae
- Pearl Beleyn
- 20 mars
- 2 min de lecture

Effacer en réécrivant la réalité
"Masta dinguerie", une expression qui change d'impact selon la couleur de la bouche qui l'exprime. Cette expression n'a pas explosé car elle était nouvelle. Elle existait déjà à travers un public bien défini. Et lorsqu'elle a changé de bouche, l'expression est devenue universelle, drôle et partageable. C'est là que la damnatio memoriae agit.

Dans le milieu artistique, la gentrification et l'appropriation culturelle sont des effets bien implantés. Dans les films, la musique ou même la mode, tout est mis en place pour rendre la présence des créateurs invisible.
Il suffit qu'un œil extérieur capte ces récits, les réécrive, pour qu'ils deviennent universels, tout en étant détachés de ceux qui les portaient.
On le retrouve dans un scénario bien connu : celui d'un jeune héritier qui se voit exilé après la mort de son père. Son oncle, le traître, prend le trône, tandis que celui-ci apprend à survivre. Il reviendra affronter le régicide pour reprendre sa place.

En plus d'être un exemple de gentrification culturelle. la mort de Mufasa a marqué plusieurs générations. Ce drame universel a été dénué de sens. rendu acceptable car il ne dérange plus. Mais où ce récit a-t-il été puisé?
Là où l'appropriation est plus vicieuse, c'est qu'elle ne crédite pas les précurseurs. Leurs voix sont donc effacées et remplacées par du lisse, du plus acceptable. Illustrons cela avec le graffiti, né dans la rue et utilisé par des jeunes racisés pour exprimer un mécontentement politique et social.
Puis Banksy est arrivé.

Avec lui, le graffiti est devenu vendable, à la mode. Le style est resté, mais les quartiers, les colères et les messages ont disparu du cadre. Ce qui était à la base un cri, est devenu un ornement.
Un geste simple et pourtant essentiel serait d'informer sur l'origine de nos inspirations et de nos retranscriptions. Il ne suffit parfois que d'une mention pour arrêter la damnation.

Nommer c'est déjà résister.



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